Sandwich à la truite fumée, mâche et sésame

En ce premier jour de printemps, je ne vais point vous parler de petites fleurs et d’oiseaux qui gazouillent sous un soleil aux rayons délicats et à la douceur nouvelle… Non, de retour de Paris, j’ai choisi aujourd’hui de vous parler d’un sujet beaucoup plus terre à terre, à savoir les trains, les sandwichs et Jean-Luc Mélenchon (il dit qu’il ne voit pas le rapport…).

Le train : selon moi l’un des plus beaux moyens de transport (lorsqu’il n’y a ni grève, ni colis suspect, ni panne, ni rupture de caténaire, ni neige, …) dans lequel on est assis « confortablement », on peut travailler, dormir, marcher, regarder le paysage défiler ou encore se sustenter.

Se nourrir justement, c’est là que, souvent,  le bât blesse, et ce, que l’on soit en 1ère classe ou en 2nde. Dans le TGV, la carte du bar SNCF, aux abords sympathiques et colorés de liberté, d’égalité et de fraternité (entre les classes), révèle rapidement sa triste réalité : pour la coquette somme de 6 euros, voire bien plus, vous pourrez prétendre à une baguette en bois, un « pain nordique » en carton, une exotique « ciabatta » en plastique, qui vous vaudront un émouvant souvenir de crampes aux maxillaires, ou encore un « club » au pain de mie détrempé (pour l’après plastique/ bois / carton). Du coup, seuls quelques téméraires ou retardataires affamés se risquent encore au « repas du Bar TGV », préférant y acheter un café ou s’y faire voler pour une pause Twix.

En 1ère, on voit souvent des familles aisées venir munies de leurs sachets Daily Monop’ remplis de salades colorées et de biscuits « artisanaux » ; de jeunes cadres armés de leur sandwich Paul ou Brioche Dorée (ou toute autre enseigne pseudo boulangère)  acheté 6 euros également mais au prix d’une queue sans fin et de 150 regards inquiets à sa montre ou à son smart phone ; finissons enfin avec les titulaires de la carte Senior, qui, sans doute, avec leur salade de riz maison,  leur clémentine et leur morceau de baguette fraiche, ont tout compris.

En 2nde, on retrouve un spectacle sensiblement identique, aux différences près qu’on y voit moins Paul et ses copains, et que si le nombre de plateaux repas SNCF est le même que chez les 3 sièges par rangée, la quantité de sandwich maison « parfums d’ambiance » est, elle, décuplée.

La faute à la promiscuité ? Au mauvais goût démocratisé ? Ou encore, par simple besoin de faire passer un peu de sa frustration quotidienne de passager vulgaire et médiocre (parce qu’après tout c’est ce qu’ordinaire et moyen veulent dire) en incommodant faisant chi… (disons-le carrément) son voisinage éphémère au moyen de boules puantes comestibles ?

Quelle qu’en soit la raison, il est toujours étonnant de constater, depuis la disparition des wagons fumeurs, que deux fois par jour, durant quelques heures, les voitures de 2nde se voient soudain parfumées à l’œuf, au thon, au pâté, ou encore à la banane…  Moi-même, je voyageais souvent, avant d’être en âge d’une éventuelle prise de conscience sociale, avec un excellent sandwich à l’œuf brouillé et une banane en guise de douceur.

Depuis quelque temps, je suis passée du côté de chez Paul, prise de snobisme SNCFien, déclenché, non pas par  une augmentation de  salaire, mais par ma superbe carte 12-2530, gracieusement proposée par la société des chemins de fer à l’occasion de son anniversaire. Non seulement je me vis rajeunir de 5 ans (et pour 45 euros l’année, vous conviendrez que c’est, de loin, le meilleur rapport qualité/prix des soins anti-rides mis sur le marché), mais en plus je pus redécouvrir les 50 et jusqu’à 60%  de réduction, qui, presque à chaque fois, me permettent de voyager en 1ère classe pour à peine plus ( et parfois moins) qu’en 2nde

Du coup, lorsque je fus contrainte (pauvre chérie !), pour suivre ma moitié (privée de tout sérum réductif ferroviaire), de prendre un train IdTGV en seconde, et ce, en compagnie de la quasi-totalité des représentants du PCF et du Front de Gauche de la région PACA (vous vous souvenez, samedi 17, place de la Bastille, Mélenchon, 120 000 personnes… Eh bien, une mer rouge, scandant « l’Internationale » s’était donnée rendez-vous à la Gare de Lyon le dimanche pour déferler dans le même train que nous), je dus bien me résoudre, par souci de conformité, à troquer ma brioche en or pour une baguette en alu.

Oui mais… Je ne jetai pas pour autant mon petit côté Boris Vian.

Voilà pourquoi, aujourd’hui, je vous propose un sandwich maison, ma foi, fort bon, sans odeur, au pain frais et pour moins de six euros. Ce n’est peut-être pas la prise de la Bastille, mais ça se rapproche d’une Rivoli sur la Voiture Bar…

Bataille de Rivoli
14 Janviers 1797
par F. Philippoteaux

Sandwich à la truite fumée, mâche et sésame

Préparation : 5 minutes

Ingrédients pour 2 sandwichs :

1 baguette tradition (au levain) ou tout autre pain de votre choix

120g de truite fumée en tranches

1 bol de mâche nettoyée

2 branches d’aneth

2 cuillers à café de graines de sésame grillées ou au wasabi

1 cuiller à soupe bombée de Savora

1 cuiller à café de miel

1 cuiller à soupe de crème fraîche épaisse allégée

½ citron jaune

Préparation :

Coupez la baguette en deux puis coupez les deux moitiés dans le sens de la longueur et d’un seul côté.

Dans un bol, mélangez la moutarde, le miel et le jus de citron. Ajoutez la crème et mélangez à nouveau.

Badigeonnez généreusement l’intérieur des pains avec la sauce. Ajoutez quelques tranches de truite, une pincée de graines de sésame, quelques brins d’aneth et la mâche.

Enveloppez dans du papier aluminium et dégustez quels que soient la classe, le moyen de transport ou les aspirations politiques.

Agnès

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Comments
2 Responses to “Sandwich à la truite fumée, mâche et sésame”
  1. Mmm j’en salive déjà ! Ton histoire me rappelle un souvenir de colonies de vacances… Où un jour je devins cramoisie de honte en plein TGV lors du déballage du sandwich au Reblochon affectueusement préparé par une main maternelle prévenante ! :-S
    Mais la truite ça ne sent pas un peu ? même pas comme le saumon fumé ?

    • Les becs fins dit :

      Hahahaha! J’avais oublié le fromage fleuri dans la liste des ingrédients participant au parfum airwick « TGV » 🙂
      Aussi étrange que cela puisse paraître (j’étais la première étonnée), la truite, contrairement à son comparse le saumon, ne sent rien à l’ouverture du sandwich !

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