On a testé pour vous : Acheter du Vin cher Noz, bon plan ou arnaque ?

Nos achats

Bien qu’habituellement, les flacons qui accompagnent nos repas viennent directement de domaines et autres cavistes de bon conseil, il nous arrive parfois, de nous aventurer au rayon vin des super et hypermarchés pour y glaner quelques bouteilles…

Cette fois-ci, alors que perdus dans les méandres d’une (énième) Zone d’Activités de la Vallée du Rhône, nous sommes allés encore plus loin dans l’aventure que représente l’achat de vins, puisque c’est chez un discounter que nous avons fait nos emplettes bachiques.

Noz, vous connaissez ? Il y en a 180 en France et on y trouve des fins de stocks et des reprises d’invendus ; autant dire de tout, donc, et à des prix défiants toute concurrence : un Littré tout neuf pour 2.99€, un maillot Nike de l’équipe de France de Rugby pour 14.99€, des CD, des DVD, du foie gras, des bières aux parfums improbables et même du vin.

Devant des bouteilles, dont la plus chère est vendue 7 euros, on essaie de ne pas trop penser au caviste en liquidation ou au producteur forcé de brader son vin face à un acheteur de l’aimable déstocker.

Au diable les états d’âme, nous portons notre choix sur quatre bouteilles :

–          Un Cahors 1994, dont je tairai le nom par respect pour le producteur (vous disposez de la photo ci-dessus…). Prix : 1.99€;

–          Un Collioure 2002, Les Piloums, Domaine Mas Blanc; Prix : 3.50€ ;

–          Un D.O. Valencia, Reposo 2006, de Pago Casa Gran ; Prix: 1.20€ ;

–          Un Cava Brut  Reserva « Vinya Pau » ; Prix : 2.50€

N’ayant nullement l’intention d’apporter ces vins chez des amis lors d’un prochain dîner (courageux peut-être, mais pas téméraires !), nous décidons dès le soir venu, d’organiser une dégustation des quatre vins, afin de juger de nos achats respectifs,  et par la même occasion, des produits proposés par Noz…

Alors, à l’heure prévue, nous nous mettons au travail, en présence des trois acheteurs (vos serviteurs, «supposés » professionnels du vin et un novice prometteur). Nous établissons une grille de notation sur 20 points : 5 pour l’apparence ; 5 pour le nez ; 5 pour la bouche et enfin 5 sur l’ensemble. Une note inférieure à 10/20 relève d’un vin défectueux. Entendez par là que le vin présente un défaut le rendant impropre à la consommation ou rendant la dégustation impossible (bouchonné par exemple).

On notera les arômes, la couleur, l’intensité des bulles pour le cava, la rétro, et caetera et caetera.

Vous le savez, il existe un jargon propre à la dégustation. Cela inquiète notre hôte débutant. Certains termes sont connus et facile à distinguer, fruits rouges, poire, fleurs blanches, balsamique… D’autres, tels que serpillère, œuf pourri, fromage, le sont un peu moins, et c’est tant mieux !

Quoiqu’il en soit, bien déguster, d’un point de vue primaire et scientifique, c’est avant toute chose, pour l’œnologue notamment, être capable de déterminer si un vin est bon ou ne l’est pas…

Et si l’on risque fort de perdre ses amis en proposant un de ces vins, on remerciera Noz, en revanche,  de nous avoir donné la possibilité de faire découvrir à un amateur, un nombre important de défauts (plutôt rares) du vin en si peu de temps !

Pour cause, sur quatre bouteilles, seule une obtiendra la moyenne…

Alors si vous aussi vous voulez jouer au « Nez du Vin » version « ce qu’il ne faut pas », courrez chez Noz et suivez le guide !

  • Collioure 2002 ou des effets de l’oxydation ; Note : 9/20

Le Domaine du Mas Blanc, on connaît : c’est l’un des plus beaux domaines de Banyuls et Collioure. Et il faut l’avouer, des trois vins défectueux, c’est le moins mauvais et le seul dont on finira la bouteille.

A en croire certaines lectures, « les Piloums » désigne un fiche sur lequel pousse la Syrah qui donne l’un des plus beaux vins du Languedoc Roussillon, le majestueux Révérence… Alors vous comprendrez que l’on puisse rêver !

Nous ouvrons la bouteille, et découvrons un bouchon maculé de vin, mi liège, mi pourpre… Aïe.

Dans le verre, le vin est trouble et l’on pourrait croire à un vieux Bourgogne tant la couleur vire au brun… Tout témoigne d’un apport involontaire d’oxygène par capillarité. Cela ressemble à une casse oxydasique et le goût s’en ressent : le nez aux parfums de fruits rouges et aux notes balsamiques est défraichit par une pointe un peu forte de pruneau, et en bouche, il est viné en plus d’être éventé. Dommage, le potentiel y était…

  • Reposo 2006, Pago Casa Gran, DO Valencia; Note: 8/20

Vous cherchiez la signification des termes serpillère et éponge humide ? Alors vous êtes au bon endroit.

En extirpant le bouchon, nous avons tous été frappés par l’odeur de carton mouillé qui s’en dégageait. On aurait pu croire à une odeur de réduit, mais c’est bien le bouchon qui sentait, comme jamais nous n’en avions senti avant. Et pas la traditionnelle odeur « de bouchon », à savoir, de poussière, de liège, cette odeur finalement pas désagréable (sauf pour le vin) ; non, non, l’odeur d’une serpillère sale et humide que vous auriez oubliée dans un coin…

Au nez (dans le verre cette fois), en dépit d’un léger aspect bouchonné, on y croirait presque : des  notes de fruits rouges, de poivre blanc, de menthol, le vin est frais, mais, en bouche c’est la déconvenue : des tannins durs,  astringents, une acidité forte presque piquante comme un vinaigre. Nous en resterons là.

  • Cahors 1994 ou la mannite ; Note : 2/20

Sale, nul, deux.

Cela vous rappelle quelque chose?

A la dégustation de ce vin, on n’est pas loin de la critique acerbe de Martin Lamotte à Gérard Jugnot dans les Bronzés… Malheureusement, parfois, le défaut est tellement gros qu’il masque toute qualité éventuelle.

A l’ouverture de la bouteille il apparaît déjà inutile de goûter tant l’odeur est forte.

Passons sur la robe peu attrayante et qui n’augure rien de bon…

Nous hésitons encore sur le nez : pied d’athlète (oui celui sur lequel prospèrent Candida Albicans et autres comparses) ou croûtes de fromage (celles, qu’adolescent, vous auriez pu oublier sous votre lit)… Quoi qu’il en soit, et à moins d’être tenté par l’expérience du morceau de camembert tombé dans un verre de vin, cela n’invite pas à la dégustation !

D’ailleurs, au seul contact de la langue, deux d’entre nous filent immédiatement à l’évier pour recracher afin d’éviter un rejet ultérieur compulsif. L’ayant, pour ma part, gardé (non sans mal) en bouche, je peux témoigner, d’un goût aigre de vin piqué.

Piqûre lactique sans aucun doute, et pas des moindres… Non seulement les bactéries lactiques ont transformé le fructose en mannitol (d’où l’odeur de fromage…) mais en plus la présence de bactéries acétiques a entrainé la production d’acide acétique (aigreur), réduisant ce Cahors à un vinaigre inutilisable… J’avais déjà eu l’occasion de goûter chacun des défauts séparément mais réunis c’était une première !

  • Et le Cava ?

Et bien le Cava est le seul à avoir écopé d’une note satisfaisante. Avec son honnête 12/20, il a une jolie couleur or pâle, un nez sympathique sur le citron confit, les fleurs blanches, la poire et le coing. En bouche cependant, il est un peu décevant, les bulles sont fines mais trop peu présentes, le vin est court, légèrement éventé sans doute… Il reste, néanmoins, très présentable. Rien d’étonnant compte tenu de son prix, puisqu’on le sait, on trouve des cava de bonne qualité entre 2 et 5 €, en grande surface et même chez certains cavistes.

Une raison à ce désastre? Plusieurs sans doute:  vin au défaut initial ou mauvaises conditions de stockage, de transport, etc.

En conclusion, nous avons dépensé un peu plus de 9€ pour ces quatre bouteilles. Nous aurions largement préféré n’en déguster qu’une au même prix et de bonne qualité. D’ailleurs, nous avons fini la soirée fort agréablement avec un très beau Clapas 2010, relique de notre visite au domaine de Saint Amant,  qui ne coute qu’autour de 7€ …

Comme à tout conte sa morale, nous retiendrons donc, de celui-ci, que :

L’or en bouteille chez Noz point ne gît ;

Voici ce, qu’amers, nous avons appris.

Si à bien goûter vous voulez jouer :

Au domaine ou à la cave, courrez !

Agnès et Quentin

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Comments
4 Responses to “On a testé pour vous : Acheter du Vin cher Noz, bon plan ou arnaque ?”
  1. Wine Non Maker dit :

    Bien joué et humoristique à souhait, je me suis fait avoir aussi il y a quelques années en achetant 3 bouteilles de graves blanc à moins d’un euro la bouteille, je me suis dit que je ne risquais rien, juste une déception attendue, ce fut bien le cas, ces vins sont passés, tout simplement !! ils n’ont pas été écoulés à temps, les prix de ventes extrêmement bas justifient-ils de vendre des vins qui sont de vrais piquettes ? pour ne pas dire qu’ils sont tout bonnement impropres à la consommation, il n’y a pas de risque de s’empoisonner…..dommage car j’enverrai bien la répression des fraudes faire un petit carnage là-dedans, moi !! (je sais, c’est pas beau de dénoncer !!!!!), car en matière de qualité saine, loyale et marchande….il y a quand même un petit souci.

    • Les becs fins dit :

      Pour le dégoût qu’ils procurent, oui, on pourrait dire qu’ils sont impropres à la consommation ! 😉
      Qu’avez-vous fait des bouteilles? Bonnes pour la cuisine ou même pas?

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